29 janvier, 2009...10:32

Le jour où les idées ont passé de mode

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Ma machine à écrire (id est, ce qui réunit mon stylo, ma main et mon cerveau dans un seul mouvement) est un peu rouillée. Il faut croire que je ne sais écrire que dans les foules, alors, à nouveau, l’inspiration vient. Et donc, je vous emmerde, par la même occasion.

Luttefinale

Je l’ai chanté sur tous les tons, je l’ai dit à tous les octaves (Mirbeau, et son violon, etc). Non, pas l’Internationale, mais ça : mourir pour des idées ne me plaît pas. On ne devrait jamais avoir à mourir pour elles.

Ca, c’est fait.

Oui, mais voilà. Quoi donc ? Eh bien voilà : mourir sans jamais en avoir, ça me plaît encore moins.

Avoir des idées – politiques, j’entends, c’est de saison – est passé de mode. Détruire les idées des autres, dénigrer, montrer qu’on est au-dessus de tout ça, la oui, mais être impliqué dans des idées ? Un truc positif ? C’est pas hype. Il y a une certaine honte à être impliqué. A manifester, à faire grève. Ou même à soutenir.

Ah bon, ma chère, tu as voté aux dernières élections ? Ah non, pas moi ! Tous pourris, tous les mêmes, c’est ce que je dis toujours ! A quoi bon voter ? Moi, je ne fais pas grève. Je n’ai pas le temps, et puis j’avais pas prévu, et puis tous ces grévistes qui nous prennent en otage, des salauds, vraiment. Moi, je ne suis pas politisé(e), ma chère. Je ne vote pas, mais je suis de gauche, bien sûr. Cela dit, je jouerai en bourse, lorsque j’aurai gagné de l’argent. Comment ça, c’est incohérent ?

Je la ressens, comme tout le monde, cette honte, comme un virus insidieux qui me dit de ne pas me battre, ou si je le fais malgré tout, au moins de ne pas le dire. Tant pis.

J’ai manifesté. Aujourd’hui, je veux dire. J’étais avec ces deux millions de connards que l’on ne voit pas, quand ils manifestent. J’ai croisé Besancenot, au milieu des autres, mais avec une caméra devant. Il a fallu nous battre, pour y aller – la CGT de mon village de proche banlieue n’avait pas assez affrêté de cars, et un certain nombre des survivants voulait dse défiler. Ca a été la lutte, mais pas finale. Enfin, nous y étions. Et c’était important, et je suis fière de l’avoir fait.

Mais quand même, il y a cette honte, qui s’engouffre, se fraie un chemin. Quoi, toi, tu croies aux inepties de la gauche ? Oui. Malgré la philo ? Grâce à elle, plus que jamais. Oui. Oui, il faut se battre, oui, il y a des causes à défendre et pas seulement à détruire, oui, il y a de l’espoir malgré tout, malgré nous, oui, je grifferai tout ce qui passe et qui ricane, s’il le faut. Non, je ne suis pas communiste (heureux qui communisteuh…). Non, je ne suis pas anarchiste, non plus. Non, pas socialiste, non plus. Mais de gauche, oui, et je continuerai à me battre avec tous ces idiots du jeudi qui s’obstinent à croire que le contrôle de l’information, la rétention des chiffres de l’INSEE, l’ultralibéralisme, la justice à deux vitesses, ce n’est pas la solution, à tous ceux qui s’obstinent à vouloir être des citoyens plutôt que des consommateurs.

Et, vous voulez que je vous dise ? Je ne suis pas si sûre que ça que j’ai tort…

Mais, quand même, avoir des idées, les défendre, ne pas faire que détruire, c’est passé de mode.

Nous avons envoyé bouler tous les systèmes idéologiques, et c’est bien, c’est plus que bien : c’est salutaire. Mais quoi ? Il nous faut donc quitter l’espoir d’un mieux, et faire les fines bouches sur celui du moins pire ? Il faut être bégueules et abandonner les espoirs collectifs pour se tourner vers l’individuel, ne plus cotiser mais économiser…

IL y eut un temps, pas si éloigné, où la lutte politique était une culture. Où l’on emmenait les gosses à la manif’, pour leur apprendre la citoyenneté. J’en étais. Certains de mes plus jolis souvenirs sont de ceux-là. Maintenant, on manifeste avec la mâchoire contractée, et les pioupious de mon âge ne font plus grève, parce que c’est pas poli, parce qu’il ne faudrait pas que le chef nous en veuille. C’est malpoli, la grève, c’est un truc de gens sans éducation. Je ne peux pas en vouloir à celui qui me dit ça. Mais parfois, la nuit, j’en pleure.

M’en veuillez pas, mias je me souviens que beaucoup de ce que nous avons, ce sont des gens qui sont morts – ou qui s’en sont pris plein la gueule – dans des grèves qui l’ont obtenu pour nous. M’en veuillez pas, mais je garde le souvenir de ces gens qui ont passé leur vie à lutter pour qu’on ait un peu plus qu’avant, et qui maintenant en sont réduits à essayer – bien maladroitement – de ne pas nous faire revenir au début du siècle. Les grèves, mes enfants ? Nous faisons dix fois moins grève qu’il y a trente ans. Je suis pas convaincue que ce soit bon signe.

Avoir des idées, y croire, les défendre, MONTRER, bordel, qu’on les a, c’est définitivement passé de mode. Objectivité ? Non, pas plus qu’avant. Résignation.

Quant au dessin, je le dis sans arrière-pensée politique, il m’a été inspiré pas un livre que je lis avec bonheur, d’un écrivain mexicain qui a écrit autrefois avec le Sous-commandant Marcos, j’ai nommé le sieur Pablo Ignacio Taibo II (je trouve que ce nom, c’est la classe). Le livre s’appelle Ombre de l’ombre, et c’est une bouffée d’air pur.

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