29 janvier, 2009

Le jour où les idées ont passé de mode

Ma machine à écrire (id est, ce qui réunit mon stylo, ma main et mon cerveau dans un seul mouvement) est un peu rouillée. Il faut croire que je ne sais écrire que dans les foules, alors, à nouveau, l’inspiration vient. Et donc, je vous emmerde, par la même occasion.

Luttefinale

Je l’ai chanté sur tous les tons, je l’ai dit à tous les octaves (Mirbeau, et son violon, etc). Non, pas l’Internationale, mais ça : mourir pour des idées ne me plaît pas. On ne devrait jamais avoir à mourir pour elles.

Ca, c’est fait.

Oui, mais voilà. Quoi donc ? Eh bien voilà : mourir sans jamais en avoir, ça me plaît encore moins.

Avoir des idées – politiques, j’entends, c’est de saison – est passé de mode. Détruire les idées des autres, dénigrer, montrer qu’on est au-dessus de tout ça, la oui, mais être impliqué dans des idées ? Un truc positif ? C’est pas hype. Il y a une certaine honte à être impliqué. A manifester, à faire grève. Ou même à soutenir.

Ah bon, ma chère, tu as voté aux dernières élections ? Ah non, pas moi ! Tous pourris, tous les mêmes, c’est ce que je dis toujours ! A quoi bon voter ? Moi, je ne fais pas grève. Je n’ai pas le temps, et puis j’avais pas prévu, et puis tous ces grévistes qui nous prennent en otage, des salauds, vraiment. Moi, je ne suis pas politisé(e), ma chère. Je ne vote pas, mais je suis de gauche, bien sûr. Cela dit, je jouerai en bourse, lorsque j’aurai gagné de l’argent. Comment ça, c’est incohérent ?

Je la ressens, comme tout le monde, cette honte, comme un virus insidieux qui me dit de ne pas me battre, ou si je le fais malgré tout, au moins de ne pas le dire. Tant pis.

J’ai manifesté. Aujourd’hui, je veux dire. J’étais avec ces deux millions de connards que l’on ne voit pas, quand ils manifestent. J’ai croisé Besancenot, au milieu des autres, mais avec une caméra devant. Il a fallu nous battre, pour y aller – la CGT de mon village de proche banlieue n’avait pas assez affrêté de cars, et un certain nombre des survivants voulait dse défiler. Ca a été la lutte, mais pas finale. Enfin, nous y étions. Et c’était important, et je suis fière de l’avoir fait.

Mais quand même, il y a cette honte, qui s’engouffre, se fraie un chemin. Quoi, toi, tu croies aux inepties de la gauche ? Oui. Malgré la philo ? Grâce à elle, plus que jamais. Oui. Oui, il faut se battre, oui, il y a des causes à défendre et pas seulement à détruire, oui, il y a de l’espoir malgré tout, malgré nous, oui, je grifferai tout ce qui passe et qui ricane, s’il le faut. Non, je ne suis pas communiste (heureux qui communisteuh…). Non, je ne suis pas anarchiste, non plus. Non, pas socialiste, non plus. Mais de gauche, oui, et je continuerai à me battre avec tous ces idiots du jeudi qui s’obstinent à croire que le contrôle de l’information, la rétention des chiffres de l’INSEE, l’ultralibéralisme, la justice à deux vitesses, ce n’est pas la solution, à tous ceux qui s’obstinent à vouloir être des citoyens plutôt que des consommateurs.

Et, vous voulez que je vous dise ? Je ne suis pas si sûre que ça que j’ai tort…

Mais, quand même, avoir des idées, les défendre, ne pas faire que détruire, c’est passé de mode.

Nous avons envoyé bouler tous les systèmes idéologiques, et c’est bien, c’est plus que bien : c’est salutaire. Mais quoi ? Il nous faut donc quitter l’espoir d’un mieux, et faire les fines bouches sur celui du moins pire ? Il faut être bégueules et abandonner les espoirs collectifs pour se tourner vers l’individuel, ne plus cotiser mais économiser…

IL y eut un temps, pas si éloigné, où la lutte politique était une culture. Où l’on emmenait les gosses à la manif’, pour leur apprendre la citoyenneté. J’en étais. Certains de mes plus jolis souvenirs sont de ceux-là. Maintenant, on manifeste avec la mâchoire contractée, et les pioupious de mon âge ne font plus grève, parce que c’est pas poli, parce qu’il ne faudrait pas que le chef nous en veuille. C’est malpoli, la grève, c’est un truc de gens sans éducation. Je ne peux pas en vouloir à celui qui me dit ça. Mais parfois, la nuit, j’en pleure.

M’en veuillez pas, mias je me souviens que beaucoup de ce que nous avons, ce sont des gens qui sont morts – ou qui s’en sont pris plein la gueule – dans des grèves qui l’ont obtenu pour nous. M’en veuillez pas, mais je garde le souvenir de ces gens qui ont passé leur vie à lutter pour qu’on ait un peu plus qu’avant, et qui maintenant en sont réduits à essayer – bien maladroitement – de ne pas nous faire revenir au début du siècle. Les grèves, mes enfants ? Nous faisons dix fois moins grève qu’il y a trente ans. Je suis pas convaincue que ce soit bon signe.

Avoir des idées, y croire, les défendre, MONTRER, bordel, qu’on les a, c’est définitivement passé de mode. Objectivité ? Non, pas plus qu’avant. Résignation.

Quant au dessin, je le dis sans arrière-pensée politique, il m’a été inspiré pas un livre que je lis avec bonheur, d’un écrivain mexicain qui a écrit autrefois avec le Sous-commandant Marcos, j’ai nommé le sieur Pablo Ignacio Taibo II (je trouve que ce nom, c’est la classe). Le livre s’appelle Ombre de l’ombre, et c’est une bouffée d’air pur.

17 novembre, 2008

Le jour où j’ai changé de lessive

Une fois n’est pas coutume, il n’y aura pas d’illustration pour cet article. Ou peut-être que si, mais pas ce soir, j’ai pas le courage.

La réapparition dans mon champ de vision de deux des gens que j’ai – à plus ou moins grande échelle – aimés, et ce à deux heures d’intervalle, me pousse pour des raisons tordues à raconter une petit histoire, qui s’est passée ses derniers temps, et que certaine d’entre vous connaissent, mais tant pis.

Depuis quelques semaines, à chaque fois que je rentrais dans ma salle de bains, je me sentais mélancolique. Vous savez, de cette mélancolie sensuelle, douce, celle qui vous emplit le coeur d’une espèce de nostalgie pas si désagréable que ça, mais quand même. Et j’arrivais pas à comprendre pourquoi.

Ca m’a turlupinée pendant des jours (suis-je la seule ici à aimer le mot « turlupiner » ?). Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi, mais pourquoi est-ce que je ressentais cette putain de nostalgie ?

Et puis, à un moment, ça m’a frappée. Je rentrais pour la énième fois dans ma salle de bains, pour m’enivrer à cette foutue mélancolie, et j’ai empli mes poumons et…

Et voilà, c’était l’odeur. J’ai plongé ma tête dans les draps lavés de frais. Ca sentait une odeur… une odeur… d’amour. Précisément, ça sentait quelqu’un que j’avais aimé. L’espace d’un instant, j’ai maudit ma mère d’avoir changé de lessive. Et puis je me suis surprise à respirer une fois encore à plein poumons cette foutue odeur…

J’ai vite compris que ce n’était pas la personne qui sentait ça, que je regrettais. A dire vrai, je ne suis même pas encore tout à fait sûre de qui c’est. Il y a encore deux personnes en finale. Mais ce n’est pas ça qui me manque.

Ce qui me manque, ce qui me rend mélancolique, ou nostalgique, ou ce que vous voulez, c’est le souvenir d’avoir aimé. Le souvenir de ces époques où, en revenant de Toulouse, je détachais mes cheveux et où je me shootais à l’odeur du gars que j’ai aimé. Le souvenir de l’époque où le moindre détail de ma chambre me rappelait celui qui avait refait ma chambre, avec moi, quand je l’avais connu. Le souvenir de l’époque où une sorcière aux cheveux noirs remplissait mes nuits de rêves que la morale réprouve. Le souvenir où mon coeur vibrait quelques secondes avant un appel de la Drôme. Tous ces symboles.

Aujourd’hui, eux précisément ne me manquent pas. Je ne les aime plus, du moins, pas comme ça. C’est l’amour, qui me manque. C’est penser à quelqu’un avant de dormir, c’est me réveiller avec cette personne. C’est être sûre que, quelque part, il y en a un, ou une, qui ne m’oublie pas. Egoïste, sans doute, mais vrai. Aimer me manque.

Et j’arrive de moins en moins à aimer. De moins en moins à faire confiance. La dernière personne qui a partagé mes nuits, je n’ai presque rien ressenti pour elle. Oui, j’ai été triste quand ça s’est fini, mais… Mais voilà, l’amour… Dire « je t’aime », j’y arrive vraiment de moins en moins. Le croire, avant de le dire…

Ca passera sans doute. Mais en attendant, je me shoote à la lessive.

6 novembre, 2008

Le jour où le monde a marché sur la tête.

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Non, je ne parlerai pas d’Obama. Mais je n’en pense pas moins des tas de choses, et dans l’ensemble des choses bien.

Ce n’est pas le sujet du jour.
Un ami à moi, un homme que j’estime particulièrement, et qui fait le traducteur de son métier, est en ce moment dans une situation qui me pose question. Je m’autoriserai ici à vous en faire part, en tâchant autant que possible de ne pas le mettre dans une situation désagréable.

Cet homme, défenseur des droits civiques et des libertés individuelles et collectives, fait régulièrement des traduction au z’oeil pour des associations de protection desdits droits, a créé des sites webs dans lequel les gens réfléchissent ensemble et dans toutes les langues au fait qu’un autre monde est possible, et que le peuple uni jamais ne sera vaincu, il milite dans ses quelques moments perdus dans une association altermondialiste, et ne dédaigne pas le commerce équitable.

Un mec plutôt sympathique, donc. Un idéaliste au joli sens du terme, et que j’estime pour ça entre autres qualités nombreuses et variées.

Oui, mais. Haha, vous vous y attendiez, à celle-là, non ? Vous commencez à connaître mon esprit dérangé, je serais vous, je me méfierais. Oui, mais, disais-je donc. Oui, mais il faut bien fabriquer un salon (make a living, comme on dit au pays de Terry Gilliam). Et c’est là que ça se corse, pour notre sympathique sujet de conversation.

Il y a quelques mois, le garçon a été engagé pour traduire de passionnantes interviews de sportifs aux Jihos de Pékin. Ce fut un excellent souvenir, pour lui. Plus tard, la célèbre agence de prop… euh, de presse de l’Etat en question lui a demandé si ça l’intéressait, un contrat long avec eux, un petit bout de son âme contre deux ans pas mal payés en Asie… Jean-Jacques (car il ne s’appelle pas Jean-Jacques, mais il aime à croire que les hommes naissent bons) n’a pas hésité plus de quelques secondes : ravi, il a dit oui. Tout comme il a dit oui, un peu avant, pour traduire pour l’OMC – ou un quelconque organisme international peu recommandable – des brevets de propriété industrielle (vous savez, ces entreprises qui mettent des brevets sur des plantes médicinales, des animaux, des médicaments…).

Vous voyez l’incohérence ?

Je ne me permettrai pas ici de jouer les donneuses de leçons. Après tout, j’ai passé deux ans en prépa alors qu’idéologiquement le principe d’une filière ultra-sélective et pas seulement sur des critères de capacité me répugne, et j’ai passé un concours que je trouvais injuste en espérant l’avoir, juste parce que ça m’arrangeait. Personne n’est vraiment blanc-blanc, dans cette affaire, tout le monde l’a déjà fait. Une petite compromission, par-ci par-là.

Je ne prétends pas avoir une solution non plus, et d’ailleurs, même si j’en avais une, aurais-je en toute sincérité le courage de l’appliquer ? Est-ce vraiment si facile d’être toujours fidèle à ses principes ? Je ne le crois pas. Pourrais-je renoncer aux richesses et aux avantages que j’ai tirés de ces deux ans juste pour des idées ? Pourrais-je reprocher à mon ami d’avoir mis la nécessité de manger, de préparer ses vieux jours et d’aller au cinéma avec sa gosse devant cette pourtant si urgente d’être en accord avec lui-même ? A regret, dans les deux cas, ma réponse est non : je ne le pense pas.

Malgré tout, il y a dans cette situation de compromission ordinaire – la mienne, et celle de mon ami – quelque chose qui me gêne profondément. De mon côté, je m’en sors à peu près en me disant que par l’enseignement, je pourrai rendre un peu de ce que j’ai usurpé ces dernières années. Ça me tranquilise un peu, mais la question me trotte toujours dans la tête, parfois, la nuit. Suis-je si loin que ça du héros de Robert Merle?

28 octobre, 2008

Le jour où j’ai fini par tenir ma promesse.

Bonjour tout le monde ! c’est avec un peu de retard (en effet j’obéissais à mon maître suprême, à savoir la flemme), et aussi sur les instance du seul et unique fan (mais quel fan !) de ces chroniques sans intérêt aucun que je tiens la promesse que je vous avais faite : je vais vous causer, donc, des Contes et conseils à mes jeunes enfants.

Replaçons les choses dans leur contexte : j’ai hérité (d’une tradition familiale pour le moins tordue) d’un amour profond et irrationnel pour les vieux livres de cuisine, les leçons de bonne ménagère et les traités de bonne conduite (même lorsqu’ils ne sont pas de Pierre Louÿs). Lors, un jour que je fourrageais allègrement dans un carton de bouquins sur – ou plutôt sous – l’étal d’un brocanteur qui n’avait visiblement aucune idée des trésors qu’il avait là, m’échut entre les papattes cette œuvre de 1822 si injustement oubliée que sont les Contes et conseils à mes jeunes enfants, un livre si tant tellement comme ça [pouce en l'air] et polyvalent que son sous-titre précise qu’ils sont « convenables à la première enfance, pour les deux sexes », s’il vous plaît ! Éblouie par les perspectives d’un tel ouvrage, je donne au broc la gabelle dérisoire qu’il en demandait, et je me plonge dans l’édifiante lecture, dont je me propose de vous faire un compte-rendu totalement objectif, cela va sans dire.

L’introduction mémorable de ce chef d’œuvre sans pareil nous informe que son auteur – une respectable « mère dans touts l’étendue du mot, c’est-à-dire mère nourrice et institutrice » – a écrit en accord avec son éditeur – « lui-même père de famille estimable » – une œuvre « digne de cœurs paternels et français » parce qu’elle en avait marre que les petiots se foutent dans le crâne ces histoires immorales et fort peu chrétiennes que sont les contes d’Andersen ou de Grimm. Citation : Il s’agit de « remplacer dans les mains des jeunes enfans, ces Contes merveilleux et sans aucune vraisemblance, qui n’ont peut-être que trop influé jusqu’ici à propager les idées fausses, qui se retrouvent jusque dans les vieillards qui ont été bercés avec le Petit Poucet et la Barbe Bleue. » Je me permets de vous signaler cette histoire de vraisemblance, parce que l’on verra un peu plus tard que notre mère attentionnée ne nous raconte elle aussi que des histoires vachement crédibles.

Donc, et les plus bouchés d’entre vous l’auront compris, il s’agit d’inculquer à nos chères petites têtes blondes (parce qu’une chère petite tête qui se respecte est forcément blonde) les hautes valeurs morales que sont, je cite dans l’ordre d’apparition :

- l’application

- la maniaquerie, euh, pardon, le soin de ses affaires

- la résistance à la gourmandise (qui transforme nécessairement les chers petits en voleurs)

- la bonne société

- l’obligeance

- la hardiesses

- l’industrie (et ce dès quatre ans, pourvu que tu sois enfant de pauvre, mon garçon. Ne t’inquiètes pas, tu apprendras à lire lorsqu’un riche bienfaiteur te payera un précepteur, ce qui ne manquera pas d’arriver si tu astiques correctement ses bottes. C’est là que l’on saisit tout le sel de cette fameuse affaire de vraisemblance.)

- la discrétion

Je ne résiste pas, malgré la taillé déjà insupportable de cet article, au plaisir de vous citer l’un de ces « conseils » absolument exquis qui closent chaque Conte.

« Antonio, ou l’honnête petit pâtre » : Pour le contexte : le petit Antonio a été viré du château où il travaillait sur la fausse accusation du vilain fils de la maison. Mais il est tellement discret, tellement respectueux qu’il arrive à se faire adopter par un riche voisin justement parce qu’il n’a pas dénoncé ledit fils du voisin pour son infâmie (incroyablement crédible, isn’t il ?), et tout est bien qui finit bien. « De toutes les vertus qu’on peut attribuer à l’enfance, la plus rare sans doute est la discrétion ; parce qu’il est dans la nature de se plaindre et d’accuser d’injustice ceux qui nous accusent injustement : aussi, mes enfans, cette résignation à supporter les maux que l’on n’a pas mérités demeure-t-elle rarement sans récompense. C’est quelquefois une épreuve que le ciel permet, et d’où doit dépendre le sort de toute notre vie ; cet honnête et pauvre petit orphelin en est la preuve : imitez son silence dans un cas se rapprochant de sa position ; car il n’est personne dans la vie qui puisse être exempt d’un faux soupçon !… Laissez à la sagesse divine le soin de vous venger, de découvrir la vérité et votre innocence ; car ce temps, tôt ou tard, ne peut manquer d’arriver, mettant au jour votre vertu. »

Sur ces bonnes paroles que rien ne saurait outrepasser, je vous laisse, j’ai les Contes Cruels de Grimm qui m’attendent…

14 octobre, 2008

Le jour où Andersen et Grimm furent convaincus d’hérésie

… Ainsi parlait l’autre soir une maman du seizième à sa fille un peu trop intéressée, parce qu’elle ne sait pas lui dire non. « Mais dites-lui, vous, que c’est la crise ! », fit-elle ensuite en se tournant vers l’autre adulte présent sur les lieux du crime. La personne en question, que je nommerai X pour ne pas faire de publicité à ma famille déjà trop surestimée, lui répondit fort calmement que, ma foi, les spéculateurs sont certes dans la merde, la bourse de reikjavik a certes perdu 76% en une journée, mais pour ce qui est des petits salariés comme vous ou moi, ça n’a pas changé grand’chose.

Et finalement, c’est assez vrai, quand on y songe. Une copine a moi, que j’aime de tout mon coeur, et dont les parents sont médecins et qui possède une fort charmante maisonnette de trois étages (il me semble que c’est trois étages, mais il n’y en a peut-être que deux), me racontait que les finances de la famille sont retombées « à leur niveau de 2005″. Catastrophe, j’en conviens, mais comme le dit son obstétricien de Papa, « tout ça, c’est des problèmes de riches »… Ce qui nous ramène à une citation que j’ai sournoisement piquée à Bénabar : « Le monde est divisé en deux catégories : ceux qui ont des problèmes d’argent, et ceux qui ont des problèmes d’impôts »… Au final, pendant que certains fouillent les poubelles javélisées des grands magasins, d’autres surveillent les cours de la bourse. Connaissant beaucoup les premiers, je ne suis pas sûre de plaindre tant que ça les seconds.

Brisons-la. Je voulais vous parler d’un charmant petit bouquin que j’ai lu, et qui a causé mon titre, mais j’ai la flemme ce soir. Rappelez-moi de parler des Contes à mes jeunes enfants, un merveilleux et royaliste ouvrage datant de 1822 à l’usage de l’édification des petiots des deux sexes…

9 octobre, 2008

Le jour où les Bobbies seront made in China

Une mésaventure arrivée récemment à ma mère m’a rappelé une anecdote qui me fait rire depuis des années. Parlons d’abord de la mésaventure. Les plus au courant de l’histoire passionnante de ma vie se souviendront que la semaine dernière mes parents sont partis, en amoureux, comme ça leur arrive à peu près une fois par an (sur l’instigation de leurs chers rejetons qui aiment lorsqu’ils s’émerveillent devant les mêmes couchers de soleil). Cette fois-ci, ce fut à Londres que les mena leur périple, la délirante capitale des Anglois, où les Punks payent leurs colorations fluos de plus en plus chez, où il ne fait pas bon être pôvre, et où on importe à grand prix des fourrures d’ours canadiens pour en recouvrir les chefs des gardes – en grand nombre, d’ailleurs, puisque leurs chapeaux ne sont pas à proprement parler économes en la matière. Passons, ma mère était partie, et elle m’a acheté un charmant petit Bobby en peluche, vous savez, de ces petits ours habillés en policemen, et qui ont un drapeau anglais brodé sous le pied, pour qu’on ne les confonde pas avec leurs homologues allemands ou ougandais (ce serait dommage). Et donc, le petit bobby anglais n’était pas si anglais que ça, finalement. Ma mère s’en veut, mais il n’y a plus beaucoup de peluches, de nos jours, qui ne sont pas Made in China.

Cela dit, donc, tout ça me rappelle une anecdote qui a maintenant vingt ans, et qui date d’une époque où un certain rideau donc j’ai souvenance qu’il n’était pas en dentelle a partagé l’Europe. Une époque où finalement, les Laguioles étaient fabriqués dans la ville du même nom (et non pas en Chine), et où le lait cru des Calandos ne leur valait pas une interdiction de voyager sur le territoire français. Trêve de franchouillisme primaire, de toutes façons l’anecdote dont je cause est allemande.

Donc mon Papa – qui reste mon héros – était parti, en 1989, démonter son Mur à lui en allant faire le premier cours de sociologie non marxiste de Berlin-Est, ce qui est quand même la classe. Histoire de faire couleur locale, il a ramené des pavés, des paquets de clopes et des bouquins dont il ne comprenait pas un traître mot, n’étant pas germanophone, mais lui, ce qu’il voulait ramener de son séjour en Communie, c’était pas ça, lui, il voulait une Traban. Une vraie Trabi. Ouais, enfin, pas une grande, hein, une qui rentrât dans sa valise, un modèle réduit, un joujou, quoi. Mais une Trabi. Voilà-t-il pas que mon paternel fait la tournée de tous les magasins de souvenirs possibles et imaginables pour se trouver sa t’Otto. Il ne la trouve pas. Il fouille, encore et encore, sacrifie la monnaie du coup de fil qu’il devait passer à ma mère, et refouille encore, mais il ne trouve pas. En désespoir de cause, il rentre dans une boutique de « cadeaux » toute mitée, toute pas belle. Et, bien sûr, puisque nous ne sommes pas dans un Disney, mais presque, il trouve son modèle réduit chéri, la Trabi tant désirée ! D’une main tremblante, il la caresse, demande maladroitement l’autorisation de la regarder de plus près dans un Allemand qui n’a de Boche que le nom, soupèse l’objet, le regarde avec attention. Puis, enfin, il la retourne.

Dessus, c’était gravé Made in China.

30 septembre, 2008

Le jour où j’ai chanté l’Internationale

Il fut une époque où j’aimais manifester. J’aimais l’ambiance de fête qui s’en dégageait, et l’espoir que, peut être, ça changerait quelque chose, l’espoir qu’on vivrait mieux, qu’on en sortirait un peu plus libres qu’avant, un peu moins perdus, un peu plus ensemble. Il fut un temps où je levais le poing avec allégresse, et où je chantais à pleins poumons une Internationale qui voulait encore un peu dire quelque chose.

Ce n’est plus le cas, aujourd’hui. Par solidarité, parce que leur situation m’exaspère, parce que je trouve indécent que ceux qui se placent aux frontières de la société pour aider ceux qui ne parviennent plus à en faire partie soient aussi maltraités, j’ai été manifester avec les travailleurs sociaux, cet après-midi. Je continue à penser que la cause était juste, mais…

Mais j’ai regardé avec peine les syndicats qui se faisaient la guerre à coup de drapeaux et de position dans le cortège pour être devant, pour faire plus de bruit que les autres. J’ai regardé avec peine les gens qui n’osaient plus chanter les vieilles chansons de resistance, aussitôt reléguées au rang d’antiquité, vénérées, certes, mais sans vie aucune. J’ai regardé avec peine les seuls slogans repris en choeur par la foule, et qui disaient en substance que eux, les éducs, voulaient plus de fric, pour leur gueule, parce que bon. J’ai regardé avec peine, aussi, ce délégué syndical qui sert de chef à ma mère, et qui ne s’était pas mis en grève malgré son dossard FO, histoire de ne pas perdre un jour de salaire, et qui ne comprenait pas pourquoi ma mère, elle l’avait fait quand même. J’ai regardé avec peine le cortège se briser sur les barrages de C.R.S. et se perdre aussitôt dans le métro, redevenant une simple foule, anonyme, comme il se doit, et sans plus d’élan vital que les travailleurs de la DGA, en face de chez moi, à 8h du matin.

Oui, il fut une époque où j’aimais manifester…

28 septembre, 2008

Le jour où je n’étais pas là.

Oui, il y a encore des gens pour croire que j’y suis, alors que c’est évident, pourtant, que j’y suis pas, oh. Dommage.

Paul Newman est mort. Il va manquer. Il avait de beaux yeux, et c’était un type bien. La première qualité n’est pas si rare, quand on songe à regarder les gens dans les yeux, mais la seconde… Il connaissait la couleur de l’argent mais savait qu’il n’y avait pas que ça. Encore un type auquel j’aurais aimé causer. Tant pis, il restera ses films.

Le jour où je n’étais pas là, plein de gens on souffert parmi mes amis, alors je suis revenue panser leurs plaies. Et puis il y a une fille que j’aime bien, un peu, comme ça, qui a pleuré dans mes bras, et j’ai pas eu envie de la baiser. Ou bien, si, mais pas à cause de ça. Pas à ce moment-là.

Le jour où je n’étais pas là, les étatsuniens ont slogué des slogans qui avaient l’air de gauche, et ça m’a fait rire rouge. Ils ont un siècle de retard en la matière, mais ils sont presque sur la bonne voie. On verra bien.

Le jour où je n’étais pas là, j’ai pleuré aussi, parce qu’on ne me demande plus comment je vais depuis un bout de temps, et que parfois, ça manque.

Le jour où je n’étais pas là, j’ai repeint une porte en rouge, et il paraît que c’était hideux. M’en fous : j’aime bien.

Ah, oui, et c’est un foutu mic-mac.

24 septembre, 2008

Le jour où j’ai quitté la prépa.

Difficile, même dans un nouveau blog, de passer à côté des deux ans de kagnipokagn qui viennent de scander ma vie, un peu par hasard au début, et puis beaucoup par choix ensuite. Deux ans de ma vie dont je me remets petit à petit (hier, rendez-vous compte, je n’ai pris qu’une fois mon Deleuze…). Hey, faut pas croire : j’ai presque récupéré un vocabulaire normal – enfin, aussi normal que possible quand il s’agit de moi, j’ai une image de marque à tenir. Deux ans, en tout cas, où j’ai appris plein de trucs, deux années richissimes mais que je clos sans vraiment de regrets – même pas celui, et j’en suis la première surprise, de ne pas retenter ma chance l’an prochain au Grand Chamoule-Tout National que d’aucuns nomment Khônkours.

En deux ans de prépa, j’ai appris:

  • à travailler, je sais, c’est ni filichon ni surprenant, mais ça a le mérite d’être vrai et – Rha, je déteste ce mot – UTILE.
  • à écrire, dans le bus ou ailleurs
  • à Lire des Livres avec beaucoup plus de fruits
  • à Aimer et à Séduire des gens avec lesquels je bosse (quelle idée !)
  • à Comprendre qu’on pouvait être Croyant – voire même Royaliste – et magnifiquement tolérant et ouvert (cherchez pas, pour le royaliste, on parle probablement pas du même)
  • à Apprendre (?! « ça y est, elle est sonnée pour le compte ! »)
  • à savoir (mais ça je l’ai vraiment trop appris, pour le coup)
  • à Dessiner (pour votre plus grand malheur)
  • à Dire des Blagues débiles (promis, j’en mets une avant la fin de cet article)

Tiens, d’ailleurs, pendant que j’y suis, le dessin, là, c’est pas tellement une métaphore du lon calvaire que j’ai vécu, ce s’rait un mensonge… C’est juste du vécu, en fait : j’étais à peu près comme ça aujourd’hui. ça m’a fait marrer, puisqu’on me dit que je suis tijours en noir… Fin de la parenthèse inutile, retour à l’article

Par contre, en deux ans de prépa, je n’ai pas appris :

  • à ne pas avoir peur des oraux (ça, c’était toute la phrase qui comptait…)
  • à relativiser mes notes (Gollum me l’avait déjà appris…)
  • à rester en bonne santé…
  • à continuer le piano
  • à m’adapter aux gens pour ne pas avoir l’air pédant quand je cite Ovide en latin (Pourtant, je persiste et je signe, elle était drôle cette phrase…)
  • à ne pas perdre de vue mes amis
  • à me souvenir que la culture est encore un privilège rare dans ce pays, dans ce monde
  • mon futur métier.

… Et au final, plus que toutes les autres raisons, c’est celle-là qui m’a fait dire que je n’avais pas besoin d’une année de khâgne supplémentaire, et pas non plus de la rue d’Ulm, malgré toute l’attirance qu’elle peut exercer sur moi…

Je ne veux pas être prof en université. C’est aussi simple que ça. Je ne veux pas écrire des livres abscons de philo, trop pointus, que ne liron que quelques centaines d’étudiants cryptiques embastillés dans des bibliothèques universitaires au lieu de baiser, comme tout le monde avant d’enchaîner sur leur double service à McDo [pause pour reprendre mon souffle... merci.] Ca ne me fait pas bander, l’idée qu’on écrive, après mon nom, dans un quelconque colloque à la mords-moi-la-cravate, le nom cent mille fois vénéré de Philosophe – et le Hasard sait pourtant si je l’aime, si je la porte en moi, cette sagesse que j’essaye tant bien que mal d’approcher. Je ne poursuis pas ce but-là.

Ce que je veux, moi, c’est beaucoup plus trivial – et vachement plus ambitieux, en fait, quand on y réfléchit. Je veux donner quelques étincelles de philo à des lycéens qui n’en ont rien à foutre, et qui probablement n’en feront plus jamais. Et juste ça. Je veux pouvoir me mettre à leur niveau et leur donner l’idée saugrenue de réfléchir, au lieu d’enseigner des trucs super compliqués à des gens qui ont déjà décidé d’en faire leur vie… Il y a des gens bien plus brillants que ça pour moi.

il se trouve qu’avec la prépa, j’ai peur d’oublier ce que c’est qu’un lycéen normal, et finalement, ça ça m’importe vachement plus que de comprendre Aristote dans le texte du premier coup. Alors, après tout, la prépa…

Ah, oui, et avant que j’oublie :

Savez-vous pourquoi César nous a envahis ?

Un jour qu’il était au lit avec un chocolat chaud et incidemment avec Cléopâtre, César manqua soudain d’entrain pour la gymnastique. Incapable de satisfaire Cléopâtre, il dut subir ses foudres.

- Tire-toi de là, dit celle-ci, furieuse, tu reviendras quand t’auras la Gaulle !

Pouf, pouf.

23 septembre, 2008

Et sinon, pourquoi libre-panseuse ?

Eh ben il se trouve que j’ai été élevée au rang de cellule psychologique à moi toute seule, et ce par un certain nombre de mes z’amis (non, non, les enfants, ne vous sentez pas coupables, justement, lisez jusqu’au bout).

Je suis là. Je suis là pour vous, et je le serai toujours. Je suis là par choix. Si je suis auprès de vous quand ça ne va pas autant que quand ça va, c’est librement.

Il semblerait bien que je sois quelqu’un de gentil. Me suis souvent dit que ça avait quelque chose d’une malédiction. Un garçon de ma connaissance m’a dit, il y a quelques jours à peine, d’un air triste alors qu’il me rendait un menu service « j’en ai marre d’être gentil ». Il était tout à fait sérieux, et je le comprends. Mais je ne pense pas ça comme ça.

Il se trouve que j’ai la fâcheuse tendance d’aimer les gens, et les non-gens aussi. Surtout, d’ailleurs. C’est pas nouveau. Et je suis une panseuse. Je suis là quand ça va pas, je débarque et j’écoute, et je fais des câlins. Je résouds pas les problèmes, parce que c’est à vous de le faire, mes agneaux. J’essaye de vous donner le repos et le courage nécessaire, et quand j’y arrive, c’est bien. Ca fait marrer des gens que je connais quand ils savent que mon prénom est l’une des nombreuses variantes de Madeleine. Je passe mon temps à pécher, mais finalement…

Donc, je suis une panseuse, et je suis libre de le faire ou non. Je le fais parce que je vous aime, et parce que ça me rend importante (et oui, on ne fait que rarement les choses par pur altruïsme). Je suis irrémédiablement égocentrique, mais ça, je ne vous le dirai pas. Mon égocentrisme se trahit lorsque j’arrive à vous arracher un sourire, lorsque j’ai la sensation que vous allez mieux, grâce à moi.

Je suis une libre-panseuse. N’oubliez pas ce détail : je suis libre.

Ah, oui, et sinon : rassurez-vous : j’ai pas l’intention d’avoir l’air triste dans tous les articles :p